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Jeudi 25 février 2010

Après le beauf et le frisbee, voici le beaup et les Shadoks. Il m’a envoyé une étude rigoureusement scientifique mené de main de maître par Gérard Berry, Déformaticien au Collège de Pataphysique. Cette étude tente de répondre à la question Ô combien délicate si les Shadoks sont décervelables ? Voici le premier paragraphe de l’introduction pour vous mettre l’eau à la bouche :

L’étrange peuple des Shadoks a vécu dans une époque très ancienne, bien avant que les humains ne peuplent la terre, et bien avant même que le Cosmos ne soit convenablement formé et n’ait stabilisé ses lois physiques. La structure du cerveau des Shadoks s’avère très différente de celle du cerveau de la plupart d’entre nous. Se pose donc au Collège de Pataphysique une question impérieuse : est il possible et / ou nécessaire de décerveler les Shadoks ? C’est à cette question que répond cet article, en s’appuyant sur une étude scientifique d’une implacable objectivité.

Je vous invite donc à parcourir ce document inestimable qui permet d’apprendre des tas de chose sur la structure du cerveau d’un Shadok et n’ayez pas peur du nombre de pages, il y a beaucoup d’illustrations en fait. Pour accéder au fichier pdf, il suffit de cliquer sur l’image ci-dessous.


(Sources images –> X + Y)

Mardi 26 janvier 2010

OGM : trois petites lettres qui évoquent tellement de choses comme l’agriculture, la santé, la société, les multinationales, la nature, la science…. OGM : trois petites lettres qui éveillent les passions, attisent les peurs et font empoigner toute sorte de gens, du scientifique au politicien en passant par le citoyen. Ce terme fait davantage appel à nos émotions qu’à notre rationalité et surtout il s’agit d’un vaste sujet dont je m’attaque avec une certaine appréhension. Tellement vaste que je choisis de l’aborder sous un (petit ?) angle et ayez pitié du pauvre mortel que je suis avant de faire pleuvoir les coups.

OGM veut dire « organisme génétiquement modifié » et nous pensons tout de suite aux plantes résistantes aux pesticides ou sécrétant des insecticides, à la moustache de José Bové, aux multinationales de type Monsanto et aux scientifiques fermés dans leur laboratoire. Au delà du débat classique « pour ou contre » qui mélange tout, la politique et la science, les recherches fondamentales et les applications, la démagogie et la peur, je veux aborder un aspect peu traité par les médias : les autres types d’OGM. Il suffit de faire un tour sur le Net, de lire les journaux, de parcourir les ouvrages pour se rendre compte que les OGM sont quasiment assimilés aux plantes et donc à l’agriculture et tout le reste cité plus haut.

Selon la définition la plus courante, les OGM sont des organismes vivants dont le patrimoine a été modifié par l’homme. Cela englobe alors les êtres vivants autres que les plantes. La plus ancienne pratique, si l’on prend cette définition, concerne la sélection. Domestiquer des animaux destinés à l’élevage, sélectionner les individus présentant les meilleurs caractères (production de lait, qualité de la laine…), choisir les plantes au meilleur rendement (graines les plus grosses, pépins plus petits, goût moins amer…) sont des actions qui durent depuis des millénaires et que nous continuons encore avec les chiens, les chats, etc. Nous obtenons également des nouvelles variétés par l’hybridation ou croisement de deux individus issus de deux sous-espèces : pommes, chiens, mulet, etc.

Maintenant, nous sommes dans une nouvelle phase par l’utilisation de méthodes de génie génétique qui modifient des organismes par la transgénèse, c’est à dire l’insertion dans le génome d’un ou de plusieurs gènes issus de la même espèce ou d’un organisme étranger. Quand nous parlons des OGM, nous faisons surtout référence au génie génétique. Quelle différence alors avec la sélection ou l’hybridation ? Ces dernières méthodes se déroulent à un temps plus long, ils s’étalent sur plusieurs générations et ils font appel à des croisement d’espèces proches. Ce qui n’est pas le cas du génie génétique où il est possible d’insérer n’importe quelle gène dans le génome d’un organisme vivant et d’obtenir des résultats beaucoup plus rapide. Ces différences, j’en suis persuadé, sont les principales raisons des craintes. Tout va trop vite, pas assez de recul, gros enjeux politiques et financiers font que nous avons l’impression de ne rien maîtriser d’où une levée de boucliers.

Pourtant, sans entrer dans le « pour et le contre », les OGM sont employés à une échelle beaucoup plus vaste que nous n’imaginons car ils sont très utiles pour les laboratoires de recherche. Sans ces « outils », des découvertes n’auraient pu voir le jour. Derrière les spectaculaires souris fluo qui font la une des médias, une protéine est à l’oeuvre, la GFP (Green Flurorescent Protein) issue d’une méduse. Cette protéine est très utile comme marqueur pour suivre l’évolution d’une population de cellules. De qui pister les cellules cancéreuses ou celles jouant un rôle dans la morphogénèse de l’embryon, etc.


(Source image –> X)

L’autre star des labos est la drosophile. C’est une petite mouche à vinaigre au bref cycle de vie dont les mutations sont facilement identifiables via sa morphologie. Son élevage est peu coûteux, peu encombrant et sans danger. Pas étonnant qu’elle soit la coqueluche des savants. Une manipulation consistant à insérer par transgénèse le gène Hoxb-9 de la souris chez la drosophile, a entrainé la transformation des antennes en pattes thoraciques. Sans cette expérience, nous n’aurions pu comprendre le rôle des gènes sélecteurs dans le développement embryonnaire.


(Source image –> X)

Les bactéries sont à l’honneur, sans eux pas de génie génétique et donc pas d’obtention d’OGM. Surce point, je laisse la parole à Yves Le Dréan, chercheur de l’Unité de formation et de recherche en sciences de la vie et de l’environnement :

Enfin, dans la communauté scientifique, certains travaillent sur les plantes. Mais, dans tous les cas, les biologistes moléculaires utilisent des bactéries au départ. En effet, celles-ci possèdent de l’ADN circulaire appelé « plasmide ». C’est dans ces anneaux d’ADN qu’est inséré le gène étudié. Les plasmides génétiquement modifiés sont alors introduits dans des bactéries qui sont mises en culture. En se développant, celles-ci multiplient les plasmides. Ces bactéries OGM sont donc des « usines » à produire les gènes dits « d’intérêt » qui, après purification, pourront ensuite être réintroduits dans d’autres cellules bactériennes, animales ou végétales.
(Source : –> Les OGM sont les principaux outils du génie génétique )

Ainsi, en recherche fondamentale, obtenir des OGM, que ce soit des plantes, des micro-organismes ou des animaux , n’est pas toujours un but mais le plus souvent un moyen de trouver des réponses à certaines problématiques : comment les gènes contrôlent-ils le développement d’un embryon ? Quelles sont les étapes de division de la cellule ? À quoi correspond chaque moment de son développement ? Malheureusement, cet aspect des OGM est rarement mis en avant dans les médias qui préfèrent jouer sur le côté sensationnel. Je pense que c’est également aux scientifiques et aux organismes de recherche de communiquer davantage vers l’extérieur, de mieux faire prendre en conscience que les OGM sont plus vastes que nous pensons, tant que leur utilisation que sur leur débat. Ce qui n’empêche pas d’avoir une réflexion critique au sein de la société mais comment le faire si nous nous focalisons uniquement sur l’agriculture où les enjeux politiques et financiers dépassent ceux de la recherche ?

En savoir plus…
- Source d’information sur les organismes génétiquement modifiés (Québec)
- Synthèse sur les OGM
- Que sont les OGM animaux ?

Samedi 19 décembre 2009

Mon billet, Es-tu vivant ?, abordait la difficulté de définir la vie qui est pourtant le sujet d’étude des biologistes. Comme si ça ne suffisait pas, ils travaillent également sur un autre concept tout aussi flou: l’espèce. La définition la plus communément admise (qui est aussi celle que j’ai apprise lors de mes études de biologie) est la suivante :

Une espèce est une population ou un ensemble de populations dont les individus peuvent effectivement ou potentiellement se reproduire entre eux et engendrer une descendance viable et féconde, dans des conditions naturelles.

Tu peux le vérifier toi-même en devenant amateur de zoophilie: tu peux baiser à tout va, avec n’importe qui et n’importe quoi, tu n’auras pas de descendance hybride. C’est souvent le cas parmi tous les obsédés de la reproduction du Vivant. Y’en a qui sont quand même fortiche pour avoir une descendance hybride comme le bardot, croisement d’une ânesse et d’un cheval ou le mulet, croisement d’un âne et d’une jument. Mais bernique, le bardot et le mulet sont stériles et, à ce titre, les chevaux et les ânes restent deux espèces distinctes. Ouf, la définition est sauvée !

N’empêche que définir une espèce n’est pas une sinécure et le critère de l’inter-fécondité n’est pas toujours pertinent. Chiens et loups sont considérés comme deux espèces, bien que très proches. Pourtant, certaines races canines peuvent avoir une descendance féconde avec les loups. D’autres auraient du mal avec leurs propres congénères: imagine le cric-crac entre une caniche et un doberman: je plains l’accouchement de la caniche ! Du coup, on bricole en classant les chiens comme sous-espèce des loups et hop, c’est arrangé bibi !


(Source images –> X + Y)

Que dire également du colza, issu d’une hybridation naturelle entre la navette et le chou ? Ce qui n’empêche pas de les considérer comme trois espèces distinctes… L’hybridation est monnaie courante chez les végétaux mais je connais mal ce domaine pour en dire plus. Par contre, les goélands bruns et argentés constituent un autre exemple classique. Ils cohabitent mais ils sont morphologiquement différents et ne s’hybrident pas car trop peu apparentés pour avoir une inter-reproduction. Ils restent reliés entre eux par une chaîne de sous-populations pouvant se reproduire entre-elles. Du fait de la présence des ces populations intermédiaires, les goélands bruns et argentés font partis de la même espèce qui forme alors une « continuité en anneau »: c’est la variation clinale.

Les variations des populations inter-fécondes (ici représentées par des blocs de couleurs) le long d’une cline peuvent suivre une courbe, formant au final un anneau. Cependant les blocs vert et rouge ne peuvent pas s’hybrider.


(Source image –> X)

Les bactéries s’y mettent aussi à chambouler le concept d’espèce par leur mode de reproduction: asexuée. C’est à dire qu’ils se reproduisent par clonage, la cellule-mère se divise en deux cellules-filles identiques. Pouvons nous affirmer pour autant qu’un organisme est une espèce à lui seul ? Sans compter qu’il existe une forme de reproduction sexuée entre plusieurs bactéries, dans le sens d’un transfert horizontal de gènes entre deux organismes distincts. Ce transfert est donc susceptible d’introduire de la variabilité dans le génome bactérien. C’est encore pire pour ceux qui alternent la reproduction sexuée et asexuée ! Si, si, il y en a: les méduses qui ont un cycle de vie assez compliqué, réparti entre la forme « polype » (fixe, « végétale ») et la forme « méduse » (mobile, « animale »). A ce propos voir l’animation ou l’image ci-dessous.


(Source image –> X)

Alors, comment définir une espèce dans ces conditions ? Le débat reste toujours entier. Au niveau morphologique, ce n’est pas toujours pertinent comme l’atteste la variété des caractères phénotypiques au sein des chiens et des chats. Comment isoler un ensemble de caractère constant et désignant tous les organismes d’une même espèce ?


(Source image –> X)

Cette question se retrouve particulièrement parmi les espèces jumelles. Deux espèces sont jumelles si elles sont morphologiquement très proches, voire identiques, mais d’origines différentes. Cette notion est apparue en 1919 par le généticien américain Alfred H. Sturtevant lorsque:

croisant des lignées mutantes de la mouche Drosophila melanogaster, il constata qu’il ne parvenait pas à croiser certaines lignées entre elles. Les lignées se répartissaient en deux lots mutuellement interstériles. Il avait là deux espèces de drosophiles qu’il ne pouvait identifier que par croisement. En effet, la nouvelle espèce était identique à l’autre, à l’exception de différences microscopiques des pièces génitales des mâles, visibles seulement à la loupe. Il appela cette deuxième espèce Drosophila simulans (« l’imitatrice »).

Et au niveau génétique ? Ce n’est pas ça encore comme l’illustre à merveille la bactérie Escherichia coli dont il existe trois souches différant les unes des autres par leur caractère pathogène: une non pathogène, une pathogène pour les voies urinaires et une pathogène pour les hématies. Bien qu’ayant environ 40% de gènes en commun, ces trois souches sont issues d’une même espèce. Dans cette optique, pourquoi les chimpanzés (Pan troglodytes) et les humains (Homo sapiens) sont considérés en tant qu’espèces distinctes malgré le fait qu’ils partagent 99% de leur génome ? Parce qu’ils ne peuvent pas avoir de descendance fertile !

Comme tu peux le voir, la notion d’espèce est très floue et résulte le plus souvent d’un arrangement pratique pour définir les relations de parenté entre les êtres vivants. Ils dépendent davantage de nos représentations que d’une réalité objective et indépendante. C’est pourquoi j’adore l’ornithorynque, inclassable à tous les points de vue, tant sur le plan morphologique que génétique !


(Source image –> X)

En savoir plus…
- La définition de l’espèce : morphologie et génétique
- Le flou du concept d’espèce chez les bactéries et les métazoaires (fichier pdf)
- Doit-on abandonner le concept d’espèce ?

Samedi 24 octobre 2009

Un copain m’avait posé une question, un rien tordu :

- Pourquoi est-ce que les vaches ne peuvent pas descendre l’escalier ?
- Ah ouiiiiii, c’est un problème d’articulation !
- Comment ça ?
- Je sais plus mais je me rappelle que ça venait de l’articulation.
- …

Evidemment, il ne fut pas très satisfait de ma réponse. Ni moi d’ailleurs, j’ai même ruminé des nuits entières avant de me lancer dans un nouveau article Ô combien productif ! En quelque sorte, je ne m’étais pas trompé puisque, dans le livre « Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ? » de Paul Heiney et Caroline Lepage (quel hasard !), la réponse était donnée dans la page 36:

Cela vient de l’organisation de ses genoux: l’articulation fléchira en montant l’escalier mais pas dans la descente.

Une phrase et pis basta ! Quelle articulation ? A l’avant, à l’arrière ? En quoi les genoux des vaches sont différents de mes genoux ? Non, je n’était pas satisfait alors j’ai prospecté mais je n’ai pas trouvé grand chose à me mettre sous la dent. Ce qui suit reste du domaine des cogitations d’un non spécialiste de l’anatomie des vaches…

Pour commencer, les pattes avant de la vache fléchissent comme nos jambes. La vache peut lever ses pattes avant et donc monter les escaliers sans problème. Et descendre aussi, je suppose. Ce qui coince, c’est au niveau des pattes arrières (flèche rouge). La vache ne peut pas beaucoup plier vers l’avant (voire pas du tout ?) et ça la gêne pour descendre les escaliers. Je doute même qu’elle puisse monter si les marches sont trop hautes. Il serait intéressant, si l’on veut décrocher le prix Ignobels, de connaître la hauteur des marches maximale que peur gravir une vache…

Squelette d’une vache
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(Source image –> X)

Oui, je sais, ce n’est pas très clair, même pour moi. Coup de bol, j’ai déniché une vidéo qui montre la marche d’une vache. Regardez bien les pattes avant puis arrière. Clic, la lumière se fait ! Non ? Tant pis, j’aurais au moins essayé…

Bénie soit la nature qui eut l’heureuse initiative de ne pas faire des escaliers dans les pâturages des vaches. Doit-on voir la patte d’une divinité bovine ?

Dimanche 4 octobre 2009

L’Europe au centre, l’Arctique au nord, l’Antarctique au sud, l’Amérique à gauche, la Russie et l’Asie à droite. Telle est la planisphère que nous connaissons depuis tout petit. Nous avons grandi avec dans les écoles, en potassant la géographie dessus. La voici dans toute sa banalité.

Planisphère habituel
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(Source image –> X)

Tellement banale et conformiste qu’une envie furieuse me prit de la retourner dans tous les sens !
Et v’là le travail.

Planisphère inversée
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L’est au nord
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L’ouest au nord
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Ca change non ? Il devient plus difficile de se repérer et le simple fait de retourner la planisphère offre un regard neuf sur notre monde. C’est à ce moment là qu’on prend réellement conscience à quel point géographie et politique sont liées. Les frontières sont artificielles et les cartes aussi. Elles sont le résultat d’une histoire de rivalité et de coopération entre plusieurs peuples. Non seulement de nous décrire la surface de la Terre, les cartes formatent notre esprit et ce peut être dangereux si l’on n’en prend pas conscience. Dangereux dans le sens qu’elles excluent d’autres représentations du Monde et donc d’autres visions sur les relations entre les pays. En voici quelques exemples (et encore, je ne prends pas en compte les premières cartes jusqu’à nos jours).

Planisphère arctique
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(Source image –> X)

Un petit point de vue du pôle nord et tous les continents ne sont pas si éloignés que cela (il en est de même avec une carte centrée sur l’antarctique). C’est d’ailleurs l’enjeu principal dans les années à venir du fait du réchauffement de la Terre: la banquise fond et les bateaux gagneraient beaucoup de temps en passant par le Nord, sans compter l’exploitation possible des gisements de pétrole.

Planisphère américaine
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(Source image –> X)

L’Amérique au centre et d’un coup l’Océan Pacifique apparaît dans toute son immensité ! Il est deux fois plus grand que l’Océan Antarctique qui paraît alors tout riquiqui. Les îles Polynésiennes sont également montrées en entier. On se rend mieux compte des distances et de la domination de la mer sur la Terre. Dire que j’avais en tête l’Europe coincé entre les Etats-Unis et l’URSS durant la guerre froide alors que ce n’est pas forcément le cas sur cette carte.

Planisphère pacifique
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(Source image –> X)

C’est un peu l’inverse: l’Amérique à droite, l’Europe à gauche et le Pacifique au centre.
Ca fait un peu vide d’un coup, non ?

Une carte n’est donc pas si innocente que cela, même si nous avons besoin de conventions et de repères communes, comme le fait remarquer l’article Qui est au centre du Monde ? Est ce un hasard si les pays riches sont situés au-dessus des pays pauvres ? Que l’Europe soit au centre afin de servir la thèse de l’Occident triomphant ?

C’était ma petite réflexion de la semaine mais je suis étonné que personne ne prend le temps de bousculer un peu les cartes dans l’école, histoire d’acquérir une vision multiple de notre riche Monde…

Mercredi 29 juillet 2009

Bien qu’ayant suivi un cursus universitaire tourné vers la science et que je m’intéresse beaucoup à l’actualité scientifique, je pense avoir garder un côté littéraire dont je ne peux et ne veux m’en défaire. Surtout dans un domaine qui m’est cher: la poésie.

A la découverte de ma surdité m’est souvent posée cette question: « entends tu la musique ? ». Oui, mais pas comme toi: je fais la différence entre les sons graves et aigus, je perçois de temps en temps un instrument mais ça reste du bruit agréable (mon préféré: le banjo), parfois désagréable (ah, les sons aigus et perçant de la flûte traversière !). Et l’autre qui me fait une certaine gueule plus ou moins marquée, au regard indéfinissable rempli de sous-entendus dont je n’ose décrire. Alors oui, je n’écoute pas la musique, je n’y pense pas et cela ne me manque nullement.

Pourtant, j’ai de la musique quelque part, celle qui m’est propre et qui vient de la poésie dont je chéris tant. Je suis un amoureux des mots, de la rime et de la rhétorique. Je me lève avec des vers en tête et je me couche en chantant des strophes. Je ne peux pas passer un jour sans que des rimes, des extraits de poèmes viennent rouler dans ma tête, ma gorge ou mes mains. Souvent ma douce me demande: « à quoi penses tu ? ». A rien, ce n’était que ma musique à moi, ma poésie, ma rêverie toujours présente en arrière-plan dans mon esprit.

Beaucoup de mes connaissances disent que j’ai « l’esprit scientifique » et que je suis rempli de rigueur, surtout dans la synthèse d’informations ou l’organisation de mon travail. Je veux bien le croire et j’aime bien passer par le petit a, le petit b, le petit c, en sautant de temps en temps au petit e. Je me méfie de tous les charlatans, des pseudo-scientifiques ou des idées reçues qui prétendent s’affranchir des lois scientifiques.

Alors quoi ? Suis je poète ou suis je scientifique ? Pourquoi choisir et faire une distinction entre le poète, ennemi de la science, et le scientifique trop rigoureux pour laisser place au rêve ? Je suis persuadé qu’il est tout à fait possible de faire coexister le regard du poète et le regard du scientifique, voire même plus: fondamental ! Se limiter à un domaine, aussi spécialisé soit-il, n’est jamais bon. L’esprit humain est particulièrement doué pour prendre de chemins de traverse, puisant ses idées et fertilisant son imagination par des voie incongrus, des associations d’événements chaotiques. Qui n’a jamais eu l’idée du siècle au moment de s’endormir alors que l’esprit est pris dans les brumes du songe ?

Allant plus loin: ne pourrions nous parler de « poésie scientifique » en lisant les poèmes de Baudelaire par exemple ? Tous ces strophes qui obéissent à un ensemble de règles rigoureux pour mieux s’en jouer et s’en affranchir (lire: les différentes sortes de strophe). Et affirmer qu’il existe une « science poétique » ? Celle que s’attache à transmettre tous les passionnés, au delà des équations et des résultats austères des expérimentations. L’alliance de la poésie et de la science pourrait former une formidable passerelle vers le public, qu’il soit connaisseur ou néophyte.

Pourquoi pas ?
C’était ma réflexion de la journée…
Je m’en vais retourner à mes vers et à mes éprouvettes.
Mais avant, quelques poèmes qui abordent la science, pour finir en beauté !

Appareil auditif

Par l’externe fracas battu et martelé
L’air retient en lui-même la qualité du son,
Si bien que l’air voisin, poussé et bousculé,
Comme il advient sur l’eau quand elle est agitée,
Porte en se propageant par cercles successifs
Jusqu’au seuil intérieur ces impalpables ondes.

Là il découvre alors, tendue à cette fin,
De membrane sonore un aride tissu ;
Il s’y brise, et s’affine, et ainsi enfermé,
Tournoyant sur lui-même, il se cache au-dedans,
Erre confusément en ces voies tortueuses,
Jusqu’à ce qu’il parvienne enfin au sens commun,
Dans la région duquel pénétrant jusqu’au centre
Il imprime au dedans le caractère du son 36.

(Source –> La poésie scientifique du Cavalier Marin)

Quarante enfants dans une salle,
Un tableau noir et son triangle.
Un grand cercle hésitant et sourd
Son centre bat comme un tambour.

Des lettres sans mots ni patrie
Dans une attente endolorie.

Le parapet dur d’un trapèze,
Une voix qui s’élève et s’apaise
Et le problème furieux
Se tortille et se mord la queue.

La mâchoire d’un angle s’ouvre.
Est-ce une chienne ?

Est-ce une louve ?
Et tous les chiffres de la terre,
Tous ces insectes qui défont
Et qui refont leur fourmilière
Sous les yeux fixes des garçons.

Jules Supervielle

(Source: –> Poésie et géométrie)

Perpendiculaire

Facile est de dire
Que je tombe à pic.
Mais c’est aussi sur moi
Que l’autre tombe à pic

Eugène Guillevic

(Source: –> Poésie et géométrie)

Jeudi 18 juin 2009

J’ai longtemps entendu parler de cette fameuse collection des minéraux, située à Jussieu. Renfermant, paraît-il, des superbes pierres aux couleurs et aux formes très variées.

Cavansite
180609-01

(Source image –> X)

Créée au début du XIXe siècle, la collection des minéraux compte parmi les plus anciennes et les plus remarquables du monde. La sélection proposée aux visiteurs du musée se fonde sur la rareté, la qualité et la beauté des minéraux mais également sur leur importance dans les sciences de la Terre ou les applications industrielles et artistiques.
[...]
La collection comprend 13 000 échantillons, dont 1500 sont exposés. Les minéraux sont exposés dans 24 vitrines panoramiques classées selon la composition chimique et la structure (pour les silicates). La présentation est inspirée de la salle des Joyaux de la couronne d’Iran. De nombreux spécimens méritent une attention particulière comme les cristaux de cumengéite avec leur singulière forme étoilée et leur bleu intense, une exceptionnelle série de cristaux de kunzite qui changent de couleur suivant l’angle où on les regarde ou encore le plus grand cristal de tétraédrite connu.

Oeuf en ambre
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(Source image –> X)

Récemment, je me suis enfin décidé à jeter un oeil et même les deux mirettes. Déjà, l’entrée n’est pas mise en valeur. On descend dans les sous-sols peu reluisants de Jussieu et voilà le guichet puis, à droite, l’entrée dans la salle de la collection. Une salle assez sombre avec des lumières tamisées et, à perte de vue, des vitrines cubiques renfermant les pierres. Que c’est beau ! C’est solennel, silencieux, la parole n’est pas de mise, laissant sa place à la contemplation.

C’est bien là le hic. C’est tellement solennel que la distance avec le public est tout de suite installée. Le manque d’informations sur l’histoire du musée et des pierres ne fait que renforcer cette distance. On sent tout de suite que c’est réservé aux spécialistes, aux connaisseurs et au détriment du grand public ou tout simplement du curieux. C’est une parfaite représentation de ce que je déteste: aucune explication, exposition enfermée en elle-même sans ouverture vers l’extérieur. Comment peut-on créer et maintenir des échanges dans ces conditions ? C’est la science figée par excellence, celle qui barbe tout le monde.

Oh, les pierres sont superbes ! Rien à redire dessus. Mais faute de ne savoir d’où elles viennent, comment elles se forment, l’oeil se lasse vite à voir sans savoir où poser son regard… Il ne faut pas être trop petit non plus, sous peine de se dévisser le coup pour observer les pierres placées à la dernière étagère du haut des vitrines cubiques. Et en plus, ce n’est guère accessible…

Alors oui, c’est un beau écrin que l’on se contente d’avoir vu en se disant « c’est beau ! » et que l’on oublie bien vite faute de ne pas avoir appris, de ne pas avoir été interpellé. N’est ce pas dommage ? J’ai bien exprimé ma pensée au guichet mais je doute que cela évoluera vraiment…

Plus de détails…
- Université Pierre et Marie Curie : Collection des minéraux
- Carion minéraux