Dossier sous-titrage : La technique

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vendredi 8 juin 2012

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A. Les étapes de la création des…

* Sous-titres créés en avance

La première étape consiste à visionner la vidéo et à repérer les dialogues échangés avant de les retranscrire à l’écrit. Puis le travail se concentre sur le placement des sous-titres, leur mise en forme et leur mise en couleur ainsi que la description des ambiances sonores. Enfin, une simulation permet d’évaluer la qualité du sous-titrage. Elle consiste à regarder la vidéo avec le son afin de déceler les erreurs, de vérifier que tout est compréhensible et que le rythme de lecture des sous-titres est satisfaisant.

* Sous-titres créés en direct

Le sous-titrage en direct, que ce soit pour une émission ou une conférence, a longtemps été un challenge du fait de la difficulté à retranscrire en temps réel les paroles qui peuvent atteindre un débit impressionnant. Actuellement, il existe quatre techniques employées selon la situation : la vélotypie, la sténotypie, la dactylographie et la reconnaissance vocale.

  • La dactylographie consiste simplement à saisir un texte sur un clavier d’ordinateur sans le regarder et en utilisant ses dix doigts. Mais elle reste lente et demande des ressources humaines importantes. Ce n’est pas la méthode la mieux adaptée aux émissions en direct bien que France 2 s’en est souvent servi pendant plusieurs années.
  • La sténotypie assistée par ordinateur est basée sur l’écriture phonétique. Les sons sont transcrits par des codes phonétiques qui sont automatiquement traduits par l’ordinateur en texte à l’écran à plus de 210 mots par minute. Mais cette technique connaît des problèmes de fiabilité (transcription des noms propres ou des homonymes par exemple) et le nombre de personnes formées n’est pas suffisant pour répondre aux besoins de sous-titrage en augmentation.
  • La vélotypie est une technique d’écriture syllabique qui emploie un opérateur. Il frappe simultanément plusieurs touches d’un clavier vélotype pour produire une syllabe. Le clavier présente 37 touches réparties en trois groupes : consonnes initiales, voyelles et consonnes finales. La partie informatique du vélotype se charge de placer les caractères de la syllabe ou du mot dans le bon ordre. C’est ce qui fait toute son originalité et son efficacité. Chaque ligne saisie n’est envoyée qu’après la saisie de deux autres lignes afin d’assurer un contrôle permanent de la qualité. Cette technique permet de quasiment transcrire à la vitesse de la parole, soit 500 caractères par minute.
  • La reconnaissance vocale met un jeu un « perroquet » ou « speaker ». Son rôle est d’écouter l’émission et de synthétiser ce qu’il entend dans un micro. Au préalable, sa voix a été testée sur le logiciel de reconnaissance vocal qui retranscrit ses paroles. Une deuxième personne, le « correcteur » ou « validateur », corrige les fautes de grammaire et d’orthographe avant de lancer le sous-titre à l’antenne (mais cela dépend, il arrive qu’il n’y ait pas de « validateur » et dans ce cas, cela donne le massacre des sous-titres pour les sourds). Dans certains cas, une troisième personne, le « souffleur », aide le correcteur à déceler les fautes non vues ou à répéter une phrase mal retranscrite par le logiciel de reconnaissance vocale. Bien que la formation du « perroquet » soit longue et qu’elle nécessite une bonne prise en main du logiciel, cette technique permet d’obtenir un sous-titrage de qualité, complet et rapidement (en principe…).

À ce jour, la vélotypie et la reconnaissance vocale semblent être les technologies les plus prometteuses pour le sous-titrage des programmes en direct ou des événements tels que des conférences ou des débats.

B. Les logiciels de sous-titrage

Une vidéo ou un film sous-titré se base toujours sur une des deux techniques suivantes :

  • L’incrustation : les sous-titres sont incrustés dans le film. Ce qui veut dire que toutes les copies du film contiennent le sous-titrage. Ceci est possible par divers logiciels de montage comme « Final Cut Pro » ou « AVI Recomp ». « Final Cut Pro » permet à la fois de créer des sous-titres et de les incruster dans le film. Il est alors possible de faire deux versions : une avec sous-titres et l’autre sans sous-titres. « Avi Recomp », ne peut pas créer des sous-titres mais autorise l’incrustation du sous-titrage dans la vidéo.
  • La superposition : les sous-titres sont placés par-dessus le film ou en dessous. Cela implique la création d’un fichier à part contenant les sous-titres. Cette méthode est plus pratique, surtout pour le numérique, car il suffit de créer un fichier sous-titres et de le superposer au film à condition qu’ils soient bien synchronisés. Par exemple, vous regardez un épisode d’une série et vous avez un fichier sous-titres en format srt ou sub. Avec l’aide du logiciel « VLC », il suffit de glisser le fichier sur la série et le sous-titrage apparaît. Si vous enlevez le fichier, vous regardez l’épisode sans les sous-titres. C’est un principe très courant de nos jours aussi bien pour les films étrangers que français sauf que moins de fichiers sous-titres sont proposés pour les films français. Ce principe est également utilisé sur les supports DVD.

Créer un fichier sous-titres est possible avec les logiciels tels que « Workshop Subtitles » (gratuit) et « AYATO » (payant). « WorkShop Subtitles » est adapté pour les amateurs. Il peut créer un fichier sous-titres sous plusieurs formats (srt, sub…) et afficher le code de couleurs. « AYATO », en revanche, a été spécialement conçu pour les sous-titreurs professionnels. Ces derniers doivent acheter le logiciel et sa licence d’utilisation ainsi que le matériel informatique nécessaire (un ordinateur haut de gamme supportant un travail précis sur des supports vidéo).

Concernant la 3D, c’est le système « Subtitle Positoring Tool », mis en place par Technicolor, qui permet de visualiser les sous-titres intégrés en 3D. Les constructeurs ont imaginé un positionnement « intelligent » des sous titres : ils se placent sous les personnages qui parlent ou à mi-profondeur, ils s’estompent quand un personnage les traversent, etc.

C. Le métier de sous-titreur professionnel pour les publics sourds et malentendants

Ce métier exige des qualités professionnelles diverses et complémentaires, à savoir : une bonne culture générale, un amour de la langue, une grande patience et de la précision. Le travail de sous-titrage nécessite une compétence technique spécifique pour la phase de repérage des scènes et de la mise en place des sous-titres. La qualité essentielle du rédacteur de sous-titres est sa capacité à rédiger en fonction des exigences du réalisateur et du public sourd et malentendant. Pour mieux connaître le métier du sous-titreur, voici une vidéo réalisée par Ivan Verbizh lors de la semaine du sous-titrage 2009 organisée par l’UNISDA (Union Nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif) et l’AFIDEO (Association Française pour l’Information et la Défense des sourds s’Exprimant Oralement) : Sous-titreur = un métier ?

Si vous voulez que votre film (français ou étranger) soit accessible pour la population sourde et que le sous-titrage soit réalisé par des professionnels, vous pouvez contacter Titrafilm, une société qui s’occupe aussi de l’audiodescription pour les personnes aveugles et malvoyantes. Ou bien l’ATAA (Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel) et le CAASEM (Collectif Adaptateurs de l’Audiovisuel pour Sourds Et Malentendants). Ce sont des associations qui regroupent des professionnels de l’adaptation dans un objectif d’échange d’informations, de reconnaissance et de protection de leur métier.

Surtout, exigez que le sous-titrage soit de bonne qualité (lire les chapitres sur la forme et le contenu). Cette évidence est fréquemment malmenée pour plusieurs raisons :

  • Certains (beaucoup de ?) sous-titreurs n’ont pas de conscience professionnelle et effectuent leur métier sans se poser de questions sur les attentes et les réactions des spectateurs sourds et malentendants. Parfois, le décalage est flagrant entre les sous-titres faits par des professionnels pour les séries télévisées et ceux réalisés par des amateurs passionnés. Les sites addic7ed.com ou tvsubtitles.net contiennent ainsi beaucoup de sous-titres « amateurs » de qualité supérieure aux sous-titres « professionnels »…
  • D’autres, au contraire, sont attachés à leur métier et à la qualité de leur travail. Mais leur statut est flou et peu reconnu donc peu valorisé. Ce qui entraîne une menace sur la profession (forte baisse des rémunérations, avenir incertain, statut non respecté, dégradation des conditions de travail dans le secteur privé, remise en cause des droits sociaux…). Lire cet article : Sous-titrage adapté, un service menacé pour mieux comprendre la situation actuelle.

D. Sous-titrer en combien de temps et pour quel coût ?

* Par les sous-titreurs professionnels

Il faut compter en moyenne 10€ par minute de film à sous-titrer (ou entre 8 et 15€ la minute selon les laboratoires). Ce qui revient, pour un film de 90 min, à 900€ (ou entre 720 et 1350€). Mais ce prix correspond à ce que touche le laboratoire. Le sous-titreur salarié (en CDD ou en CDI) est payé entre 1600 et 2200€ selon les laboratoires. Le sous-titreur en free-lance, lui touche entre 5 et 7€ la minute, soit entre 450 et 630€ pour un film de 90 min (auxquels il faut retrancher les charges, les cotisations, etc.).

Le coût peut paraître élevé mais si nous prenons en compte le budget de production des films ou des séries télévisées, nous verrons qu’il n’en est rien. Par exemple, la réalisation du film Intouchables a coûté 9 500 000€. Sachant qu’il dure 112 min, le coût du sous-titrage s’élève à 1120€ (prix moyen de 10€/min) , soit 0,01 % du budget ! Ou encore, Sur la piste du Marsupilami a nécessité 40 000 000€ de budget et le sous-titrer coûterait 1050€ (105 min de film), soit 0,002 % du budget !

Or, Intouchables a détrôné largement tous les autres films français avec une rentabilité de 602 % et il dépasse même le précédent record de ces 10 dernières années, attribué à Bienvenue chez les Ch’tis [Source]. Sur la piste du Marsupilami »se débrouille bien aussi en restant en tête du box-office français du 11 au 17 avril et il se classe comme le deuxième plus grand succès de l’année 2012, derrière La Vérité si je mens ! 3 [Source].

Autant dire que les bénéfices sont très grands et l’argument classique « sous-titrer, c’est trop cher ! » a du plomb dans l’aile. De plus, cela permettrait d’attirer un plus large public : les 4 à 6 millions de personnes sourdes et malentendantes qui constituent un marché non négligeable et pourtant négligé. Sachez, pour finir, que doubler un film coûte infiniment plus cher que le sous-titrer : les comédiens sont payés entre 100 et 300€ la phrase ! Faites le calcul…

Quant au temps de réalisation, il est très variable suivant la difficulté de la vidéo à sous-titrer mais d’emblée, sachez qu’il est indépendant du prix. Que le sous-titreur mette 10h ou 60h à sous-titrer 90 min de film, il est payé pareil. Un bon sous-titreur expérimenté peut faire du 5 min à l’heure, sans compter le temps de relecture mais cela reste une indication. Un film de 90 min nécessite environ 18h de sous-titrage (en allant vite) puis 2h de relecture et enfin 3h de revisionnage. Au total, 23h de travail à faire. Mais cela peut beaucoup varier : 10 à 12h pour Rambo IV (moins de 500 sous-titres) contre autour de 60h pour L’Aveu (1200 sous-titres avec beaucoup de travail de recherche).

Bref, un programme de 90mn d’une difficulté moyenne correspond à un temps de 20 à 30h de travail selon la rapidité du sous-titreur. Pour un salarié de 35h, cela peut lui prendre une semaine. Pour un indépendant qui a ses propres horaires, il peut faire ça en trois jours. C’est à la fois lent (beaucoup de temps passé par le sous-titreur) et rapide (en comparant la durée de tournage d’un film de 90 min).

* Par les amateurs

Avec l’essor des logiciels gratuits, il est possible de créer soi-même son propre sous-titrage pour un coût nul. Mieux, certaines plate-formes développent des outils pour faciliter la mise en place du sous-titrage pour sourds et malentendants ou pour les vidéos en langue étrangère à traduire en français. YouTube a fait un premier pas important en dotant les vidéos d’un bouton « CC ». Grâce à cette fonction, vous pouvez activer le sous-titrage de votre choix ou en créer un. Lisez cet article pour savoir comment Ajouter des sous-titres sur YouTube.


[Source image]

A l’aide de ce dossier et d’un brin de bon sens, il est possible de créer des sous-titres de qualité mais vous ne remplacerez jamais l’expérience inestimable d’un bon sous-titreur professionnel. Cependant, grâce à ces solutions, il devient aisé de contribuer individuellement à l’accessibilité de certains médias comme l’Internet ou la radio (via les transcriptions écrites sous forme de textes). Quant au temps, il faut compter environ 20 à 60 min pour une vidéo de YouTube suivant son expérience et la longueur de la vidéo (sans parler de sa complexité éventuelle).

Dans cette optique, saluons la sortie de Iguane Vidéo, un nouveau site de vidéo à la demandé dédié aux publics sourds et malentendants. Il s’agit d’une plate forme proposant uniquement des films ou des documentaires qui ont été spécialement sous-titrés pour la population sourde. L’internaute n’a donc pas à se demander si tel ou tel film est adapté pour lui, contrairement aux DVD où seul l’examen attentif de la jaquette permet de savoir si oui ou non un film a été sous-titré en français et si oui, spécifiquement aux personnes sourdes et malentendantes (et encore, ce n’est pas toujours indiqué !).

Citons également l’initiative de France Télévisions qui propose des programmes sous-titrés sur Pluzz, son service de télévision de rattrapage sur Internet. Lisez le tutoriel de Médias sous-titrés pour savoir comment ça marche : il suffit de cliquer sur le symbole [+] situé en bas à droite de la vidéo et ensuite d’activer le sous-titrage en cliquant sur l’oreille barrée.

Enfin, il est possible pour les personnes sourdes et malentendantes de participer à la création des sous-titrages en rendant les vidéos en LSF accessibles à tous (entendants et sourds qui ne connaissent pas la LSF). Mais aussi en faisant appel à des personnes entendantes qui font une transcription écrite des dialogues. Aux personnes sourdes ensuite de synchroniser et de mettre en place le sous-titrage adapté pour eux. Toutes les solutions sont possibles avec un peu d’imagination !

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