Quelle différence entre écologie et écologisme ?

Mosaïques : CogitationsScience

vendredi 13 juillet 2012

L’écologie est à la mode. Pis, c’est un sujet incontournable avec ses habituelles controverses. Mais savons-nous réellement de quoi on parle ? Cette question me trottait dans la tête depuis un petit moment mais il aura fallu une discussion avec ma sœur sur l’écologisme pour que ce billet se concrétise. Avant d’aborder tout ce foutoir aux représentations très diverses, revenons un instant sur la définition des termes utilisés car il y a écologie et écologie.

L’écologie en tant que science

En se penchant sur l’étymologie, nous nous rendons compte que le terme est issu de deux mots grecs : oikos (maison ou habitat) et logos (science ou connaissance). Ainsi, l’écologie est la science de l’habitat au sens large, autrement dit la science de l’environnement. Elle étudie les interactions ayant lieu entre le milieu de vie inerte (biotope) et les êtres vivants (biocénose). L’ensemble biotope/biocénose forme un écosystème. Ce dernier entretient à son tour des relations d’interdépendance avec d’autres écosystèmes, sous forme d’échanges de matière et d’énergie. L’ensemble des écosystèmes de la Terre forme la biosphère. Il suffit d’une modification rapide d’un ou plusieurs paramètres d’un écosystème pour conduire à une rupture dans l’équilibre écologique car toutes les relations sont dans un équilibre instable et dynamique qui évolue en permanence.


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L’écologie en tant que position politique

Depuis les années 60, des courant politiques apparaissent afin de défendre la nécessité de protéger la nature et l’environnement. Citons en vrac : les hippies des années 70, Greenpeace, les partis Verts, les ONG (organisation non gouvernementale), etc. De ce point de vue, l’écologie peut être définie comme l’analyse des interactions entre l’environnement et le fonctionnement économique, social, éthique et politique des sociétés humaines. A vrai dire, il aurait été plus approprié de parler d’écologisme. Malheureusement, la médiatisation du terme « écologie » a rendu son utilisation systématique dans le langage courant, d’où des nombreuses confusions.

Arbre poussant sur une planète verte
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Écologie vs écologisme

En se basant sur ces définitions, il devient plus clair que l’écologie cherche à comprendre les interactions au sein d’un ou plusieurs écosystèmes tandis que l’écologisme via à limiter l’impact des activités humaines puis, de là, préserver les ressources naturelles et les écosystèmes (voire les restaurer si nécessaire). Pour résumer :

  • Un écologue est un spécialiste de l’écologie.
  • Un écologiste est un défenseur de la nature et des équilibres biologiques.

Cependant, il n’est pas si facile de les séparer car ces deux domaines se recoupent parfois. Prenons le cas emblématique du dérèglement climatique qui provoque des changements importants au niveau planétaire. Il résulte de l’énorme impact des activités humaines, qu’elles soient locales, régionales, nationales ou internationales (pollution, industrie, agriculture, pêche…). Des efforts sont tentés pour limiter le phénomène (taxe carbone, réduction des émissions de CO2, énergie renouvelable…). Tout cela résulte de l’écologisme. Toutefois, il est crucial de comprendre les mécanismes mis en branle pour mieux prévoir les changements à venir. Il faut donc étudier toutes les interactions existantes au sein d’un biotope déséquilibré ou pas (déforestation, fonte des calottes glaciaires, sécheresse, mousson, canicules…). Des connaissances s’établissent et font des va et vient entre les études scientifiques et les décisions politiques. Il n’est donc pas étonnant que le flou sur le terme « écologie » soit entretenu.

La Terre brûlant sur le creux d'une main
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Et moi dans tout ça ?

Comme je disais au début, l’écologie est à la mode et fait vendre. Elle va de pair avec le courant « bio » et « naturel », sans compter les recettes de grand-mère qui reviennent en force. C’est à la fois encourageant et dangereux. Encourageant dans le sens où la prise de conscience est de plus en plus forte sur la nécessité de modifier notre mode de vie sous peine d’aller directement dans l’impasse. Elle doit encore surmonter de nombreux obstacles tant au niveau individuel (« ça ne sert à rien ces conneries ! ») que collectif (lobbying des industries pétrolières par exemple). Et dangereux si ce courant devient un énième endoctrinement qui écrase la réflexion critique et induit un terrant favorables aux arnaques (tels les fameuses boules de lavage).

Je veux, pour démonstration, cette caricature qui montre un couple faisant des emplettes écolos : produits bio, ampoule économique, nappe recyclée, carafe d’eau de robinet. Ce même couple conduit aussi un 4X4 pas si écolo que ça…


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Je vois au moins deux niveaux d’interprétation dans cette satyre :

  • L’étroitesse d’esprit des gens qui se conforment au courant écolo/bio/naturel parce que c’est bien. Ils ne vont plus loin que le bout de leur nez et ne se remettent pas en cause dans leurs habitudes de vie. Ils font quelques petits gestes sans voir l’ensemble de la chaîne. Ce sont eux que visent les publicités « vertes » ou les rayons « bio » des supermarchés. Pire, si nous ne consommons pas « bio » comme eux, nous sommes le mal incarné.
  • La difficulté de changer ses habitudes de vie du fait de l’éducation de l’ancienne génération qui n’avait pas la même conscience écologiste. Il n’est pas toujours facile de prendre de recul avec ce que nous avons appris et de se remettre en cause. D’autant plus que nous vivons dans une société de consommation qui produit des objets aux durées de vie éphémères : portables, ordinateurs, voitures, appareils électroménagers, vêtements…

Ne jamais perdre de vue l’ensemble des interactions !

Que ce soit l’écologie ou l’écologisme, nous vivons au final dans un ensemble de liens qui interagissent et dans lequel notre action a des répercussions. Je veux une voiture électrique pour protéger la nature ? Fort bien mais d’où vient l’énergie électrique ? Des centrales nucléaires avec leurs déchets radioactifs, des centrales thermiques (charbon ou gaz) avec les fortes émissions de CO2 ou des énergies renouvelables moins performants ? J’utilise des couches lavables pour mon bébé (non, je n’en ai pas !) afin de limiter le gaspillage de plastique. Mais il faut compter la consommation d’eau supplémentaire pour les nettoyer. J’emploie des allumettes à la place de désodorisants pour ôter les mauvaises odeurs dans les toilettes. Quid des forêts ? Et de la fumée sur nos petits poumons ? Les mouchoirs en tissu permettent de limiter l’utilisation du papier mais, pour des raisons hygiéniques, il est conseillé de se moucher avec des mouchoirs jetables. Et les produits bio qui viennent de Tunisie avec le coût énergétique de leur transport ? Etc, etc.

Dans tous les cas, il n’y a pas de solution miracle si l’on prend en compte l’ensemble de la chaîne. Il faut peser le pour et le contre, choisir la moins pire en sachant que nous aurons forcément un impact sur l’environnement, quel qu’il soit. Moi-même qui fait des efforts depuis des années, je sais à quel point c’est difficile. Il faut lutter contre nos mauvaises habitudes (je n’y arrive pas toujours) et prendre du recul face à la pression de notre société (là aussi, je craque parfois). Pour cela, il n’a qu’une démarche efficace : garder sa réflexion critique, se renseigner, se renseigner encore et aller au-delà des apparences.

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8 Pierrot ont pris leur plume. Et toi ?

  1. Corinne

    J’aime beaucoup ton article qui montre bien toute la complexité du mouvement « écolo ». J’avoue que j’ai horreur de ces « verts » purs et durs, bien souvent ultra sectaires, qui usent de couche lavable, de produits bio et autres, mais qui n’ont pas forcément une réflexion plus approfondie sur l’écologie. Et pourtant moi-même je commence sérieusement à me poser des questions sur notre façon de vivre au quotidien et comment changer les choses sans trop se compliquer la vie ! Des petits gestes de tous les jours peuvent effectivement avoir un réel impact si ils sont produits par le plus grand nombre. C’est une vraie question d’éducation à mon avis.

    lundi 16 juillet 2012 à 19 h 56 min
  2. Sirtin

    Oui, c’est une question d’éducation et de sensibilisation à tous les niveaux. Bravo pour commencer à t’y intéresser en tout cas !
    😉

    mardi 17 juillet 2012 à 10 h 04 min
  3. Dr Manhattan

    Bonjour, tout d’abord je viens de découvrir ton site, j’ai déjà eu le temps de lire quelques-uns de tes articles, et vraiment chapeau! 😀
    Celui-ci me parait particulièrement pertinent dans les sens où nous avons vraiment besoin d’un regard plus objectif pour ce qui est d’écologie.
    Je pense que malheureusement l’écologie (qui devient du coup écologisme) s’est trop facilement mêlée à la politique, et est devenue bien trop vite une mode comme tu nous le dis plus haut.
    La conséquence est telle qu’aujourd’hui, la majorité des personnes qui nous parlent d’écologie sont les sociétés, les hommes politiques, et bien trop rarement les scientifiques (ou alors seulement dans le cas d’études liées à des changements d’écosystèmes, on est alors dans l’analyse pure et dure).

    Nous devons nous interroger bien plus profondément sur ce « pourquoi » de l’écologie. Faut-il admettre que la protection de l’environnement a pour unique but la préservation l’espèce humaine? (cela choque souvent les écologistes).

    Certaines personnes considéreront que l’Homme doit profiter au maximum de ce que son environnement lui donne pour pouvoir mieux vivre à l’instant présent.(ce que font les animaux,sans soucier des générations futures)
    D’autres auraient tendance à rejeter l’Homme du domaine naturel, et à le considérer comme étant « en trop »… 😕 .

    Toutes ces questions me paraissent bien trop peu présentes dans les débats écologiques. (On ne tend pas assez le micro aux scientifiques!)
    Pour pouvoir avoir des débats plus objectifs, il faudrait surtout extirper ce côté « fleur bleue » des consciences. (« Sauvons les bébés pandas, il sont trop chous!! »)

    mardi 1 janvier 2013 à 22 h 01 min
  4. Sirtin

    Merci pour ton message et à propos des « bébés pandas qui sont trop chous », cela me fait penser aussi à notre conception souvent erronée sur l’évolution trop souvent simplifié à « la loi du plus fort » ou « la nature est cruelle », etc. Tout ça pour dire qu’en dehors de l’écologisme, c’est notre relation à notre environnement qui est à revoir profondément mais cela est déjà complexe en soi comme le montre les différentes conceptions de chaque société….

    samedi 5 janvier 2013 à 16 h 14 min
  5. Alex Befene

    Bonjour très cher ami,je ne peux que te remercier pour cet effort car ton document vient de me donner toutes les informations nécessaires à la différence de ces deux termes et j’ai pu comprendre la nécessité de vitre dans un environnement propre et « BIO ».

    mercredi 16 juillet 2014 à 15 h 13 min
  6. Sirtin

    De rien, de rien très cher ami.
    😉

    jeudi 17 juillet 2014 à 10 h 46 min
  7. BURINI Erick

    Bravo pour votre analyse! Je voudrais aller plus loin et mieux comprendre pour dénoncer enfin les responsables politiques qui alimentent un fond de commerce par intérêt personnel tout en s’en défendant.

    dimanche 13 décembre 2015 à 13 h 52 min
  8. Sirtin

    Pour ça, pas d’autres solutions que se renseigner encore et encore en faisant appel au bon sens (pas si facile que ça…).

    dimanche 13 décembre 2015 à 19 h 03 min

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