Lundi 22 octobre 2007

Arcimboldo, arcimboldo… Si le nom vous reste inconnu, sans doute avez vous déjà vu au moins un de ses tableaux composés à partir de différents éléments ? Célèbres tableaux qui firent le tour du monde: ceux représentant les éléments (eau, air, terre, feu) et les saisons (hiver, été, printemps, automne). Pour la toute première fois, une exposition est organisée jusqu’au 13 janvier 2008 par le musée du Luxembourg où vous pourrez enfin admirer les originaux ! Le musée, loin de faire un banal regroupement des tableaux dispersés, a fait l’effort de dévoiler un aspect plus méconnu d’Arcimboldo : son rôle dans la cour de l’empereur Maximilien II de Hasbourg. Un parcours classique qui contient les prémisses de son futur oeuvre contribuant à sa renommée au cours des siècles ! D’autres portraits anamorphiques d’avantage inédits sont présents. Alez donc voir et vous ne serez pas déçu. Sans parler des premiers peintures réversibles, c’est à dire pouvant se lire dans un sens ou dans l’autre en retournant le tableau. Les premières du genre d’après cet article.

Que voulez vous que je dise à part que j’ai beaucoup aimé ? J’adore ces genres de peinture qui mettent sens dessus-dessous l’oeil et font réagir sur notre façon de percevoir les tableaux. Un intérêt artistique satisfait, une curiosité repus qui n’exclut pas le questionnement scientifique. L’oeuvre d’Arcimboldo est admirable aussi par la précision des détails composant, par exemple, la faune du portrait « Terre » ou la flore de « Eté ». A cette époque, la classification du vivant bafouillait encore : le système actuel n’existait pas. Dans ces conditions, comment Arcimboldo a pu représenter les différentes espèces de poissons de « Eau », les mutliples oiseaux de « Air » ou les fleurs diverses de « Printemps » ? Avait-il une connaissance intime de la biologie qui dépassait son oeil et sa technique ou bien était-il assisté de spécialistes en la matière ? Questions qui ne trouvent pas de réponses au musée et j’en suis fort bien marri ! Ne serait-il pas intéressant de mieux comprendre l’influence de la science sur la peinture d’Arcimboldo ? Si telle influence (réciproque ?) a bien eu lieu… Ce lien très intéressant va dans le même sens que mes interrogations.

Pour finir, j’aborderais rapidement l’existence d’autres peintres qui viennent complémenter l’exposition. Ils nous montrent qu’un courant surgissait et ne comprenait pas seulement Arcimboldo. Le plus amusant (ou choquant ? C’est selon) est un portrait réalisé à partir de bites et de couilles ! Cette liberté d’expression fut courante ou non ? Là encore, je ne trouve réponse… Qu’importe ! Les peintures valent bien un coup d’oeil et, en prime, un sourire au coin accompagnant l’étincelle malicieuse, p’têt ?

Flora
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  1. Très intéressante question que la tienne: quel est l’état de la représentation du vivant au temps d’Arcimboldo (XVIe)?
    L’innovation d’Arcimboldo est toute relative: à l’époque, on s’inspire beaucoup des masques bachiques de l’Antiquité (formés de feuilles de vigne). Qui plus est, le jeu sur la déformation, la composition, l’anamorphose est relativement partagé par les peintres de son temps. De Vinci avait fait une lettre célèbre sur l’art de peindre un monstre: une véritable recette de cuisine du type « un griffon en cinq leçons »! Pour la caricature, Arcimboldo puise aussi largement dans l’art populaire et ses truculences (puisque tu revendiques la figure d’Arlequin, cela ne t’est pas étranger, hé, hé).
    Sur cette façon de concilier le mythologique et la description fine du vivant, le merveilleux et le classement des espèces: les modèles de représentation en sont clairement exposés dans le début du livre de Michel Foucault, LES MOTS ET LES CHOSES.

    Mardi 23 octobre 2007 à 8 h 46 min
  2. Merci pour ce commentaire qui m’a donné envie d’en savoir plus sur les masques bachiques faisant référence à Bacchus (nom romain) ou Dionysos (nom grec). Dans la mythologie romaine, il est le dieu du vin et des fêtes alors que dans la mythologie grecque, il incarne les opposés et ambiguïtés (raison et folie, excès et modération…). Je connais mal la suite et je ne veux pas dire de bêtise. Juste mentionner ce site qui apporte une profondeur et confirme l’inspiration à partir de ces masques.

    Je cite:
    « Si l’on considère Arcimboldo comme un novateur dans la systématisation de ses portraits, il faut se rappeler qu’à son époque il existe déjà une tradition, depuis l’antique, de masques bachiques ou hellénistiques, formés d’éléments pris dans la Nature.
    Plusieurs des artistes de la Renaissance, dont Léonard de Vinci et Jérôme Bosch, s’étaient déjà intéressés aux faciès monstrueux, aux portraits déformés par des jeux de glace, ainsi qu’aux compositions à base d’éléments détournés. Les peintures d’Arcimboldo sont donc conformes aux penchants maniéristes. »

    Vendredi 26 octobre 2007 à 11 h 35 min

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