Distinguer le Pourquoi ? du Comment ?

Mosaïques : CogitationsScience

vendredi 19 septembre 2008

J’ai beau chercher, je ne trouve pas grand chose sur le « Pourquoi ? » et le « Comment ? » dans le domaine scientifique. Distinction fondamentale pour qui veut se consacrer à la Science et que beaucoup confondent. Tant pis ! Je ferais part ce que m’avait expliqué ma prof de biologie en Terminale.

Un petit retour en arrière : depuis tout petit, je brandissais à tout bout de champ un index (tordu) devant mon long nez fin frémissant de curiosité et m’exclamant : je me demande bien pourquoi…. Formule qui faisait ma qualité pour certains, mon travers pour d’autres. Arrivé à l’école, la situation ne s’arrangeait guère. A la différence près que mon index s’envolait par dessus ma crinière chevelure pour attirer l’attention du professeur et le bombarder d’une volée de « pourquoi ? ». Des fois, je m’accrochais avec eux, n’étant pas d’accord sur un point précis.

Ce fut le cas avec ma prof de biologie en Terminale où elle faisait un cours sur l’origine de l’Humanité en se basant sur l’hypothèse en vigueur : la faille de la vallée du Rift qui transforma le paysage : des arbres, une forêt touffue d’un côté et des herbes, une savane de l’autre. Je ne me suis jamais contenté de cette explication qui me semblait et me semble toujours simpliste : les hominidés vivant dans les arbres ont évolués aux singes que nous connaissons tandis que ceux vivant dans la savane se sont redressés pour voir de loin.

Donc sur un nouvel point précis, l’origine de l’humanité, j’eus des accrocs avec elle mais je n’avais que des faibles arguments à lui opposer : elle était du côté du savoir avec toute l’autorité professorale requise… Néanmoins, elle vit me voir à la récréation alors que j’étais encore en classe pour finir de recopier les notes de mes copains. C’est là qu’elle m’apportait une explication éblouissante qui allait marquer à jamais mon fragile et malléable phosphore grisâtre. Elle me fit part de la distinction entre le « Pourquoi ? » et le « Comment ? » qui n’ont pas la même valeur et ne demandent pas les mêmes réponses en Science. Voyons d’abord les définitions données dans « Le Petit Robert » :

  • Pourquoi : « Pour quelle raison ? » ou « Dans quelle intention ? ».
  • Comment : « De quelle manière ? » ou « Par quel moyen ? ».

« Pourquoi ? » implique une intention, une origine. Contrairement au « Comment ? » qui veut trouver le mécanisme d’un fait. Prenons un exemple simple :

  • Pourquoi tout objet lâché tombe par terre ? Parce que les objets obéissent à une force appelée la gravité qui est inversement proportionnelle à la distance. Les objets de faible masse sont attirés par d’autres objets de plus forte masse, ici la Terre.
  • Et pourquoi la gravité est là ? Pourquoi elle ne serait pas une force répulsive ? Je ne sais pas…

Ainsi, nous pouvons parfois répondre à des « pourquoi ? » parce qu’ils relèvent du domaine du « Comment ? ». Nous connaissons le mécanisme, la gravité, mais nous ne sommes pas plus avancés sur son origine. Même chose pour l’attraction des particules : nous savons que les charges contraires s’attirent et que les charges identiques se repoussent. Nous savons que les électrons ont une charge négative et les protons une charge positive. Ces propriétés expliquant l’apparition de certains forces. Mais tout aurait pu être autrement et nous ne savons pas pourquoi les électrons, les protons ont justement ces propriété là.

La Science ne peut répondre qu’au « Comment ? », telle est la conviction que voulait me faire partager ma prof de biologie que j’essaie à mon tour. C’est le seul champ d’application où elle peut intervenir : trouver les mécanismes de la vie et de l’univers. Pour ce qui est de leur origine et leur intention, la Science ne peut répondre car ces questions sont en dehors de son domaine. Déjà que nous avons parfois bien du mal à déterminer ces mécanismes… Il est légitime de se demander « Pourquoi ? » et « Comment ? » mais attention de savoir où nous mettons les pieds et de quoi nous parlons. Depuis ce fameux jour, je brandis toujours mon index (tordu) à la différence près que j’essaie de m’exclamer : je me demande bien comment…. Le seul point commun qui relie le « Pourquoi ? » et le « Comment ? » est un signe, un tout petit signe d’écriture mais joliment dessiné : le point d’interrogation qui condense tout et rien !


[Source image : lien cassé]

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16 Pierrot ont pris leur plume. Et toi ?

  1. alain

    « Pourquoi » : mon dico (Robert) donne trois sens : raison, intention et CAUSE. Vous avez oublié ce dernier sens 😳
    Pourtant la science passe son temps à rechercher des causes. Bien sûr, la réponse au « comment » (recherche des processus) n’est pas laissée de côté…
    L’expression de la causalité en français pose déjà assez de problèmes (ex. : les différents sens de « parce que »)… alors se priver de « pourquoi » dans la recherche de la cause ça devient très gênant !
    Au lieu d’imposer une restriction (impossible à tenir) du vocabulaire : « des « comment », oui, des « pourquoi », non ! » il me paraîtrait plus judicieux d’annoncer une restriction des domaines de compétence des sciences de la nature : « recherche des causes, oui, recherche d’une intention, non ! » (matérialisme et parcimonie oblige)

    lundi 21 janvier 2013 à 0 h 20 min
  2. Sirtin

    Mmmmh, après vérification dans mon p’tit Robert, c’est vrai que je n’ai négligé la cause comme troisième sens possible du mot « pourquoi ». Et en regardant pour le mot « comment », je trouve ce passage :

    « Chercher le pourquoi et le comment : chercher la cause et le mécanisme d’un fait, d’une chose ».

    En prenant ce sens, la question du « pourquoi » peut être pertinente. Je l’ai d’ailleurs mentionné (rapidement il est vrai) dans mon billet :

    Ainsi, nous pouvons parfois répondre à des « pourquoi ? » parce qu’ils relèvent du domaine du « Comment ? ».

    Ouf, l’honneur est sauf !
    :mrgreen:

    Mais merci pour ta remarque pertinente.

    lundi 21 janvier 2013 à 14 h 34 min
  3. alain

    Loin de moi l’idée de porter atteinte à votre honneur ! 😀
    « La science ne répond pas au pourquoi mais seulement au comment » fait partie des phrases qui m’exaspèrent (bon, exaspérer c’est peut-être un peu fort) et je dois dire que je souffre de la même pathologie que le type là : Duty Calls.
    Faudrait que j’écrive un truc là-dessus, histoire de donner plus de détails que dans mon commentaire … dès que j’aurai achevé les 348 articles « en attente » ! 🙁

    lundi 21 janvier 2013 à 19 h 01 min
  4. Sirtin

    Ah ah, j’adore l’image ! Je retranscrit le dialogue pour les nuls de l’anglais ou pour ceux qui ne peuvent pas voir l’image ou si jamais le lien venait à disparaître :

    – Tu viens te coucher ?
    – Je ne peux pas. C’est important.
    – Quoi ?
    – Quelqu’un a tort sur Internet.

    ce serait avec plaisir d’en savoir plus sur ton point de vue, j’attendrais avec patience que tu aies fini les 348 articles en attente.
    😉

    mardi 22 janvier 2013 à 12 h 19 min
  5. alain

    … mais au fait, la procrastination c’est reporter au lendemain l’accomplissement d’une tâche. ok. Mais comment nomme-t-on le fait de reporter l’achèvement d’une tâche ? 😕

    mardi 22 janvier 2013 à 13 h 55 min
  6. Sirtin

    Un baobab dans la main ?
    « Désolé, je suis débordé, plein de choses à faire » ?
    Autre ?

    :mrgreen:

    mercredi 23 janvier 2013 à 10 h 34 min
  7. alain

    Première proposition : noooon, la trichose palmaire c’est pas ça (enfin dans le cas du baobab on devrait dire dendrose palmaire ??)
    Seconde proposition : ouais, pas mal, mais c’est un peu long et du coup … on risque de ne pas terminé 😉
    Tiens, j’y pense, mon avatar est une chenille (dessinée par Vran, la classe !), le genre de truc « pas terminé » non plus.

    mercredi 23 janvier 2013 à 13 h 57 min
  8. Sirtin

    Oups, la honte ! Car jusqu’à présent je voyais ton avatar comme une sorte de moufle jaune et noir. Ce n’est que maintenant que tu le dis que je vois enfin une chenille !
    😳

    En tout cas, ça te va bien, huhu !
    Et dis toi que tu as le potentiel d’être un superbe papillon (avant de crever rapidement sous le dur labeur ?).
    😉

    jeudi 24 janvier 2013 à 10 h 39 min
  9. alain

    Pour voir le superbe dessin de Vran dans son ensemble, c’est ici : Animal (pas) mystère: Le machaon

    jeudi 24 janvier 2013 à 11 h 14 min
  10. Sirtin

    Superbe dessin et on voit dans tes commentaires que tu es un passionné de papillons.
    😛

    jeudi 24 janvier 2013 à 15 h 03 min
  11. alain

    Vous trouverez quelques informations sur les questions-comment et les questions-pourquoi dans cet article : Les questions enchâssant les verbes d’attitude dans le contexte d’explications [lien cassé].
    (en particulier le premier paragraphe de la p81). Si vous n’avez jamais lu d’article de linguistique (tendance pragmatique), c’est un peu difficile au début mais ça vaut le coup. C’est en faisant des recherches sur la causalité en sciences que je suis tombé sur cette revue de linguistique dirigée par Jacques Moeschler.

    vendredi 25 janvier 2013 à 0 h 37 min
  12. Sirtin

    Merci pour le lien, j’ai essayé de lire mais j’avoue que j’ai du mal à finir les phrases, huhu !

    dimanche 27 janvier 2013 à 13 h 07 min
  13. Le comment (les choses sont, se passent, évoluent relève de la Science
    `Le pourquoi la plupart du temps, de la métaphysique voire de la croyance religieuse
    Il ne faut pas confondre. Comment serait-il que l’eau bout à 100° relève de la science
    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Métaphysique.

    lundi 19 juin 2017 à 19 h 18 min
  14. Alexandro Vitch

    pas mal

    jeudi 22 mars 2018 à 10 h 53 min
  15. JF. HAAS

    Belle question !
    En 1644, Descartes trancha : le pourquoi aux théologiens, le comment aux scientifiques.
    En 1745, le principe de moindre action, énoncé par Maupertuis et Euler, relance la question métaphysique de la cause finale, liée à la question du pourquoi.
    Mais pour répondre à la question du pourquoi et du comment, comprenons d’abord intuitivement ce principe : Somme intégrale de(T-U) dt est un extremum.
    Il exprime que la différence entre les énergies cinétique et potentielle est extrémale le long d’une trajectoire physique entre deux points quelconques.
    Partant de la statique, une bille dans un bol ralliera la position pour laquelle son énergie potentielle U est minimale et T nulle, à chaque instant t, ce qui satisfait l’équation.
    Poursuivons avec l’exemple d’une bille parcourant le fond d’une gouttière droite. Son énergie cinétique est maximale si rien ne la dévie du fond de la gouttière, et son énergie cinétique est maximale, ce qui satisfait également l’équation.
    Généralisons avec une gouttière quelconque. Par rapport à la trajectoire du fond, la bille va se balancer d’un côté à l’autre de telle façon qu’un excès d’énergie potentielle pendant un petit moment dt sera compensé par un excès d’énergie cinétique à un autre moment. La somme T+U étant constante ne peut jouer sur la dynamique de la bille. Par contre, l’expression T-U exprime bien que la dynamique dépend de la différence entre les deux formes d’énergie. La somme intégrale exprime la possibilité de balancement ou compensation.
    Tout se passe comme si la bille, non encore parvenue au point B, « ressentait » son environnement proche et sa destination. Cette question rappelant celle de la diffraction d’un rai lumineux traversant deux milieux d’indice différents, entre deux points A et B.
    Le nouveau paradigme prenant en compte la globalité de la trajectoire, semble complètement différent de celui de Newton, qui envisageait la dynamique de la bille à partir de ses déplacements infinitésimaux : la mécanique de Newton explique la cause efficiente, c’est-à-dire « comment » la bille se déplace sur sa trajectoire. Celle de Maupertuis semble expliquer la cause finale, c’est-à-dire « pourquoi » elle choisit cette trajectoire et non une autre.
    Mais on peut montrer que le principe de moindre action peut également se ramener à la dynamique de Newton, par variations infinitésimales de la trajectoire, ce qui ne fut pas bien compris par la communauté scientifique à l’époque de Maupertuis.
    Le point important qu’il faut souligner est que le principe de moindre action départage les trajectoires physiques des trajectoires non physiques. En généralisant, il définit à lui seul les phénomènes physiques, ramenés à la dynamique d’un ensemble de particules dans un champ de forces.
    Dans ce sens, la cause finale de n’importe quel phénomène peut être ramenée à l’ensemble des causes efficientes fixant la dynamique de toutes les particules participant à ce phénomène.
    Pourquoi la girafe a-t-elle un long cou ?
    Notons qu’un siècle avant Darwin, Maupertuis eut l’intuition philosophique d’un mécanisme d’évolution, dû aux accidents de transmission des caractères.
    La théorie de l’évolution de Darwin, prenant le bon sens à contresens, explique que les girafes ayant subi au cours de l’évolution des mutations ayant conduit à un allongement du cou, se sont mieux adaptées à leur environnement et se sont donc reproduites plus facilement. Mais cette logique, tout à fait pertinente, s’inscrit dans le paradigme Newtonien.
    Elle est pourtant équivalente à expliquer que les girafes ont un long cou « pour » atteindre la cime des arbres (la fonction crée l’organe).
    En généralisant, la question du pourquoi pourrait se ramener pour tous phénomènes, à celle du comment, en espérant que cette pensée blasphématoire ne fera pas retourner Descartes dans sa tombe, ni n’offusquera les tenants du dessein divin.

    jeudi 13 décembre 2018 à 14 h 14 min
  16. JF. HAAS

    Oups, dans le paragraphe concernant la gouttière droite, il faut corriger : « et l’énergie potentielle est minimale ».

    vendredi 14 décembre 2018 à 16 h 17 min

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