L’aiguillon à venin des abeilles

Mosaïques : FocusScience

dimanche 17 avril 2016

Il tombe des gouttes de pluie, il tombe des rayons de soleil et bientôt les tenues se feront légères et bientôt ce sera l’heure des piques-niques sous les arbres. Malheur ! Les abeilles rodent, tournent et virevoltent, ivres de nectar et ivres de pollen. Si elles ne sont pas la douceur incarnée, elles ne sont pas agressives non plus. Et si elles piquent, c’est à cause de la réaction nerveuse et maladroite des humains, qui s’agitent pour les chasser, tels des épouvantails désarticulés. Laissez-les tranquille et les abeilles vous rendront la pareille.

L’appareil venimeux des abeilles

Ce qui nous empêche guère d’en savoir plus sur l’appareil venimeux d’une abeille. Il est constitué de trois parties : les glandes à venin qui débouchent dans un réservoir relié à un aiguillon qui inocule le venin.

Appareil venimeux d’une abeille

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Aiguillon d’une abeille ouvrière et sa glande à venin

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Chez les abeilles ouvrières, l’aiguillon est constitué de barbelures très développées lui permettant de s’ancrer dans la victime, tel un harpon. Lorsque l’insecte se retire, l’aiguillon reste planté et une partie de son abdomen est arraché. Ceci conduit à la mort de l’abeille dans les heures qui suivent.

Détail de l’aiguillon « barbelé »

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Dard arraché d’une abeille

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Pourquoi donc un tel sacrifice ? Tandis que l’aiguillon reste planté dans la victime, les muscles qui entourent le réservoir à venin continuent à se contracter et donc d’injecter le venin pendant 30 à 60 secondes. En même temps, les glandes associées libèrent des phéromones d’attaque qui excitent les autres abeilles. Ainsi, la perte de quelques individus favorise la préservation de l’espèce à plus long terme.

La composition du venin des abeilles

Les abeilles ouvrières inoculent 0,2 à 0,3 mg de venin par piqûre et la dose létale médiane (DL50) a été estimée entre 1,3 mg/kg et 3,5 mg/kg de venin. Il faudrait ainsi au minimum 600 piqûres pour provoquer la mort d’un homme de taille et poids moyen. Pour information, la dose létale médiane d’une substance correspond à la quantité nécessaire pour provoquer le décès de la moitié (50%) des animaux testés. Elle se mesure en général en milligrammes de substance par kilogramme d’animal testé (mg/kg).

Le venin d’abeille est composé à 90% d’eau. Les 10% restant sont un mélange de plusieurs dizaines de produits (enzymes, peptides biologiquement actifs, lipides, amines…). Les composés les plus importants en terme de toxicité sont la phospholipase A2, la mellitine et la hyaluronidase.

  • La phopholipase A2 est le principal allergène contenu dans le venin. C’est une enzyme qui va désorganiser les phospholipdes, les principaux constituants de la membrane cellulaire. Ainsi, leur dislocation permet au venin d’entrer dans les cellules.
  • La melitine est le principal composant du venin. Il s’agit d’un anticoagulant et d’un anti-inflammatoire. Le rôle d’un anti-inflammatoire est d’éviter que la zone piquée envoie trop de messages de détresse au système immunitaire. Le temps de réaction de la victime est alors ralentie, ce qui laisse du temps au venin pour se diffuser.
  • La hyaluronidase est une enzyme qui désorganise les acides hyaluroniques, responsables dans la liaison des cellules. Encore une fois, le venin peut peut se propager plus facilement entre les cellules.

Pour résumer, la phospholipase, associée à la mellitine, est responsable de l’inflammation et de la douleur (gonflement, douleur, rougeur). La hyaluronidase favorise la diffusion du venin en ouvrant les espaces intercellulaires, rendant alors les tissus organiques plus lâches et plus perméables. L’action additionnée de ces trois enzymes est également responsable de la grande réactivité allergénique du venin d’abeille. Pour 1 à 4% de la population, la piqûre s’accompagne en quelques minutes de symptômes allergiques variés: œdème, asthme, défaillance cardiovasculaire… Et là, c’est direction les urgences sans tarder !

Dans les autres cas, les piqûres d’abeilles sont douloureuses mais banales. Elles ne nécessitent donc aucun traitement particulier sauf si la piqûre a lieu dans les voies buccales ou que les piqûres ont été nombreuses. Là, voir un médecin ou aller aux urgences peut être utile. Si l’aiguillon de l’insecte est fixé à la plaie, il est important de le retirer très soigneusement afin de ne pas comprimer le réservoir à venin.

L’aiguillon chez la reine et le mâle

La reine ne pique que d’autres reines vierges, juste nées ou à naître sous peu, et ce dans un très court laps de temps. Ainsi, elle s’assure la suprématie des mâles lors de la fécondation avant d’instaurer une nouvelle colonie. Elle doit donc pouvoir piquer plusieurs fois, ce qui explique que leur aiguillon est lisse. Après la piqûre, le dard peut être rétracté et la reine ne meurt pas. Ceci explique également que le réservoir à venin est 2 à 3 fois plus volumineux que celui de l’ouvrière.

Quant aux mâles, leur appareil venimeux est avorté et ils ne peuvent pas piquer. Il n’y a donc que les femelles qui en soient capables et encore, les humains sont généralement victimes des abeilles ouvrières et non des reines.

Le dard dérive d’un organe de ponte

Eh oui ! Le dard d’une abeille, d’une fourmi ou d’une guêpe est une modification de l’organe de ponte, l’ovipositeur. Voilà pourquoi les mâles ne peuvent pas piquer !

Un ovipositeur (ou tarière) désigne un appendice abdominal rencontré chez des femelles de nombreuses espèces d’insectes. Souvent long et effilé, il sert à déposer les œufs en des lieux favorables à leur incubation (sol, végétation ou corps d’un hôte). Chez les sauterelles, cet organe de ponte a typiquement la forme d’un sabre. Voici une exemple d’ovipositeur chez le weta femelle. Ce nom désigne des orthoptères (cousins des criquets) nocturnes et vivant uniquement en Nouvelle-Zélande. Certaines espèces de weta peuvent atteindre des mensurations impressionnantes, faisant d’eux les insectes les plus grands et plus lourds existant sur Terre. C’est le cas du weta des arbres et du weta géant qui font jusqu’à 10 centimètres (pattes et antennes non comprises) pour une masse dépassant les 30 grammes, soit plus lourds qu’une hirondelle !

Ovipositeur d’un weta femelle

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Bref, je m’égare et pour mieux comprendre l’origine de l’appareil venimeux des abeilles, il est nécessaire de se pencher rapidement sur leur classification. Primo, elles appartiennent à l’ordre des hyménoptères qui constituent, après les coléoptères, l’ordre d’insectes le plus diversifié. On estime actuellement qu’il y a plus de 230 000 espèces décrites !

L’ordre des Hyménoptères est divisé en 2 grands ensembles :

  • Les Symphytes : l’abdomen fait directement suite au thorax (pas d’étranglement).
  • Les Apocrites : l’abdomen est bien distinct du thorax du fait d’un étranglement (taille de guêpe).

Les Apocrites sont subdivisés entre :

  • Térébrants : ils possèdent un abdomen terminé par une tarière.
  • Aculéates : l’ovipositeur a perdu sa fonction de ponte et est devenu un aiguillon.

Les hyménoptères

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Ainsi, le groupe des Apocrites Aculéates regroupe les insectes munis d’un aiguillon et comprend plusieurs super-familles, dont celles des Formicoidea (les fourmis), des Vespoidea (les guêpes) et bien entendu des Apoidea (les abeilles). La figure ci-dessous vous aidera à situer les différentes familles parmi les hyménoptères.

Classification des abeilles

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Tout ça pour dire que les femelles des symphytes déposent leurs œufs près de la source de nourriture de la future larve via leur tarière. Ensuite, chez les femelles des apocrites térébrants, les sécrétions des glandes accessoires se modifièrent pour devenir des venins paralysant la proie sans la tuer. L’ovipositeur remplit alors une double fonction : injection de venin et dépôt de l’œuf. Chez les apocrites aculéates, l’émission des œufs est assuré par un orifice de ponte et l’ovipositeur est devenu un organe d’injection du venin pour paralyser ou tuer des invertébrés ou causer des dommages à des vertébrés. Et encore, chez certains insectes comme les abeilles, les ouvrières possèdent un organe de ponte atrophié.

Et les abeilles sauvages ?

Seule l’abeille domestique, celle que nous connaissons et qui vit en ruche, possède un aiguillon dentelé. Ce n’est pas le cas pour les abeilles sauvages (lire mon article : Saviez-vous que les abeilles solitaires sont plus nombreuses que les abeilles sociales ?).

En effet, bien que le venin des abeilles de ruches et des bourdons soit allergène, celui des autres abeilles sauvages ne l’est pas du tout (les bourdons sont génétiquement très proches des abeilles de ruches). Généralement leur venin, s’il arrive à être injecté n’a que très peu d’effets. « Généralement », car il est intéressant de souligner que la peau des humains est épaisse, et qu’une grande majorité des abeilles sauvages ne parvient pas à la transpercer. Ceci les rend alors totalement inoffensives pour l’homme. Et enfin, les abeilles sauvages sont très peu agressives. Il faut vraiment les embêter avec insistance pour se faire piquer. Il est donc sans danger de les observer !

Alors, arrête de gesticuler dans tous le sens, concentre toi sur ton déjeuner sur l’herbe et profite d’un moment paisible (?) pour discuter avec ton voisin ou ta voisine. Les tenues peut-être se feront toujours plus légères… Mais gare aux fourmis ! Et ceci est une autre histoire…

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1 Pierrot a pris sa plume. Et toi ?

  1. julie

    Juste un petit mot pour dire que j’ai trouver cette lecture fort intéressante! merci 🙂

    samedi 12 août 2017 à 0 h 14 min

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